—C’est l’oncle Nathan qui a...

Berthe inclina la tête.

—L’oncle Nathan est allé lui parler, oui.

Il y eut un silence. Fanny n’osait pas regarder sa sœur. Puis elle dit:

—Car enfin, tu dis que vous vous êtes mis d’accord... Peut-être. Mais c’était avant l’arrivée de Félix. Ça change tout, une chose pareille. Pour un homme surtout. Et il faudrait avoir bien peu de «cœur» pour courir après.

Fanny étendit la main.

—Je ne cours pas après, dit-elle d’une voix étranglée. Tu sais bien ce qu’il a dit à la Hêtraye l’autre jour.

Berthe parut chercher.

—Ce qu’il a dit?

Fanny ne répondit pas. Un immense découragement s’abattait sur elle. Qu’était-ce que ce petit argument qui lui restait, en présence de toutes ces implacables vérités... Silas l’avait appelée Fanny devant les autres, oui. Par distraction, peut-être, ou par pitié, pour adoucir le coup qu’il voulait lui porter et qu’il n’avait pas le courage de lui porter encore... Mais aucun mot décisif ne lui était échappé, aucune allusion à leurs projets de naguère, quand c’eût été le moment entre tous d’en parler... Et puis, surtout, surtout, le départ, cette maison silencieuse et aveugle qui lui était apparue alors comme une réponse définitive.