Le dernier mot tombé, un silence pesant régna. Quelque chose de tangible était sorti de cette lettre jaunie, de ces papiers condamnés à la mort et qu’on ressuscitait malgré la défense de la morte. Quelque chose de vivant venait de naître dans cette chambre funéraire et les deux sœurs pressentaient obscurément que leur vie allait en être changée.

Ce fut comme une torpeur momentanée dont elles sortirent en même temps, car le moment des cris, des indignations et des larmes était arrivé et elles n’étaient pas de ceux qui ont la sagesse suprême de savoir y échapper.

—Alors, dit Berthe, tu comprends tout ça?

Fanny mit sa tête dans ses mains, du grand geste féminin qui cache la honte en cachant ces yeux qui la proclament. Et pourtant, ce n’était pas la honte qui la poignait. Car elle répétait tout bas: «Il a écrit! Il a écrit!»

Quelques instants coulèrent ainsi, et elle releva la tête. Elle était transformée. Son visage blanc brillait dans la pénombre et ses yeux pâles, enfin allumés par la vie, y mettaient une flamme ardente. Et, comme malgré elle, Berthe cria:

—C’était donc toi?

Fanny inclina la tête.

—Mais comment? mais comment? demanda encore l’autre, passionnée d’étonnement et de curiosité, honteuse un peu aussi et avide de tout cet inconnu brûlant qu’elle sentait là, sous sa main, ranimé comme un feu retrouvé sous la cendre.

Et Fanny dit avec une véhémence nouvelle qui, plus que tout le reste encore, était surprenante:

—Je vais te dire, je vais tout te raconter. Et tu verras, tu comprendras.