Ainsi, Berthe élevait avec une prévoyante patience le mur qui couvrirait leur retraite.
Quant à Silas, il était reparti le soir même de leur explication, après avoir écrit à Fanny une lettre qu’elle reçut le lendemain matin et qui contenait ces seuls mots:
«J’irai chercher votre réponse à La Hêtraye.»
Elle mit sa lettre sur la copie qu’elle avait faite de mémoire de la lettre de son amant d’une heure, parmi ses quelques souvenirs et ses bijoux.
Ce fut Berthe qui écrivit à Félix, selon qu’il avait été convenu quand, de La Hêtraye, Fanny avait écrit à M. Froment de ne pas donner suite à son projet de lettre. Berthe, d’ailleurs, n’en toucha que quelques mots à sa sœur, comme par acquit de conscience.
—Je vais dire à Félix qu’on l’essaiera à la ferme.
Fanny s’étonna un peu. Si vite! était-ce mieux?
—Mais oui, dit Berthe avec impatience. Tu sais bien qu’on lui a dit qu’on lui écrirait. On est forcé de s’arranger avec lui, ou bien alors, quoi?
Fanny ne répondit rien. Ce n’est pas ainsi qu’elle aurait voulu réparer. Elle se sentait déchirée entre tous ceux qui ne la comprenaient jamais ou la comprenaient trop tard.
Berthe écrivit donc au gars une lettre laborieuse qu’elle recommença dix fois. Il s’agissait de l’amadouer sans rien promettre, de tâcher de recevoir sans rien donner. Car le plan de Silas, que Fanny proposa timidement, fut repoussé.