—De l’argent! offrir de l’argent! Faudrait être folles! C’est pas toi toute seule qu’as eu cette belle idée-là?
La belle idée, portée au compte de son auteur, était disséquée, ridiculisée, avec une âpreté forcenée.
—Il est généreux avec l’argent des autres, le voisin!
Elle disait «l’argent» comme si le mot lui emplissait la bouche pour y fondre délicieusement. Et elle s’acharnait sur Silas et sa trouvaille, étalant si clairement, si naïvement, sa rancune, que Fanny en eût-elle été capable, n’eût pas trouvé le courage de remporter la si facile victoire qui passait à portée de sa main.
La lettre de Berthe, qui ne contenait que la ratification en termes prudents de l’offre de prendre Félix comme domestique, ne reçut d’ailleurs, aucune réponse. Il devint visible que le gars ne jugeait pas utile de faire la dépense d’un timbre, et qu’il s’en tenait à la possession d’un document important et à la conversation finale de La Hêtraye.
A mesure que la date fixée pour leur départ approchait, Berthe semblait reculer devant le plan adopté, si changé dans son exécution depuis le refus de Silas. Son humeur nouvelle soufflait ses bourrasques sur la pauvre Fanny désarmée et tremblante.
—Si c’est possible de se bouleverser la vie à ce point-là! Qu’est-ce que je vais aller faire à La Hêtraye?
En vain, l’aînée remontrait-elle doucement qu’elle voulait bien y aller seule, l’autre comprenait à présent l’impossibilité qu’il y avait à ce qu’elles se séparassent et la prise qu’elles donneraient ainsi à la malignité. Non, leurs vies étaient liées, indissolublement, inextricablement, et Fanny voyait sa sœur se débattre avec fureur contre le filet que toutes les tentatives n’arrivaient qu’à resserrer sur elles.
Au jour dit, elles partirent pour La Hêtraye.