—Et quand qu’ vous allez faire ça?
—Après Pentecôte, pour les papiers de Félix et... la chambrée...
Elle pausa un instant:
—On invitera M. Froment, termina-t-elle.
VI
La dernière voiture roula longtemps sur le chemin. On l’entendit jusqu’à la descente qui ceinture la colline et puis il n’y eut plus que le silence surnaturel d’une cour de ferme en mai, car le pommier en fleurs supporte une neige qui étouffe le son et ouate l’air, comme la vraie.
Fanny, dans sa robe de cérémonie, qui était d’une épaisse soie noire sans reflets—une vraie toilette de mère de marié—marchait dans l’étroit sentier toujours envahi par l’herbe haute de la saison.
Voilà. Tout était fini. Berthe venait d’épouser Félix. Le garçon de vingt-deux ans était le mari de la vieille fille de trente-cinq ans. La tante devenait la femme de son neveu. Toute cette idylle au goût d’inceste s’achevait ce soir.
Fanny marcha plus vite, le cœur soulevé de dégoût. Le dégoût! c’était une chose nouvelle que tous ses désespoirs ne contenaient pas jusque-là, mais dont les deux mois passés venaient de la saturer. Voir, jour après jour, Félix faire le galant auprès de la grosse fille amoureuse, être obsédée de leurs rencontres furtives à tous les coins de la ferme, attraper au vol les regards, les baisers, les étreintes furtives et deviner, comme elle le devinait, savoir comme elle le savait, intuitivement, avec la certitude infaillible de l’instinct, qu’il n’y avait là qu’un calcul, et ne pouvoir intervenir! Elle se rendait compte, pourtant, que Berthe était sincère. A cette dernière chance de mariage qui passait, elle se cramponnait désespérément. Mais un mariage, cette horrible chose?
Et pourtant, c’était légal et, tout à l’heure, ce serait consommé. Oui, cette union monstrueuse avait pu être célébrée et bénie. La lumière, lorsque Fanny songeait à cela, lui semblait insupportable et, seule sous le ciel du soir, elle voila sa figure de sa main ouverte.