Telle était la fin de son péché qu’elle croyait enterré. N’eût-il pas mieux valu mille fois le scandale de la découverte, si, toutefois, le scandale éclaté eût empêché la scandaleuse union?
La rosée commençait à tomber. Elle songea: «Il n’est pas encore l’heure.» La journée des noces avait été longue et dure. Quoiqu’on n’eût fait que les strictes invitations nécessaires, des théories de cousins de la vallée et du plateau avaient défilé à la mairie et au temple de Beuzeboc. Fanny mariait son fils. Personne ne le savait. Et elle jouait pourtant le rôle de mère du marié.
A la mairie, la lecture de l’acte la fit défaillir, lorsque le greffier, près du maire décoré de l’écharpe flamboyante, se mit à lire:
«Entre Félix, Jean, dit Malandain, de père et mère non dénommés.
«Et, d’autre part,
«Berthe-Zémyre Bernage, fille de feu Alfred Bernage...»
De mère non dénommée et elle était là, elle, vivante et martyrisée, et elle possédait la copie de la lettre où le père se nommait, nommait sa parenté et son pays.
Au temple, elle avait conduit son fils jusqu’au fauteuil de velours rouge, puis, retournant dans son banc d’honneur, abîmée intérieurement sans posséder le droit de l’être, elle écoutait derrière elle le murmure de l’assemblée et celui de la ville et de la campagne qui stigmatisaient le mariage singulier de la seconde des demoiselles Bernage. S’ils avaient tout su!
Et la longue noce serpenta en voiture sur les routes parmi les villages en émoi, et sur la grande plaine que coupent les oasis de hêtres surmontés de la fine aiguille du clocher. Ensuite, il ne restait plus à Fanny qu’une souvenir d’interminable mangeaille, car un seul repas dînatoire s’étendait sur toute l’après-midi, et, surtout, de ces plaisanteries de circonstance qu’elle exécrait de tout temps.