Berthe dit avec une sorte de violence, contenue à cause de la morte:

—Tu ne vas pas dire que tu ne savais même pas son nom?

Fanny la regarda avec cette espèce de candeur qui, à vingt-neuf ans, paraissait si déconcertante:

—Mais non, dit-elle simplement.

Un souffle plus frais glissa dans la chambre. Berthe se tourna pour fermer la fenêtre, et puis elle regarda la morte qu’elles avaient oubliée. Alors, comme frappée subitement, elle demanda:

—Et c’est tout? Tu l’as donc dit à maman?

L’aînée fit oui de la tête.

—Pourquoi? Moi, je l’aurais gardé pour moi toute seule.

La martyrisée eut une rétraction un peu plus forte. La torture ne sera jamais tout à fait abolie tant que la terrible question de famille subsistera. Elle se souvint. Il fallait dire tout, puisqu’elle n’avait pas eu la force de garder son secret «pour elle toute seule», ou puisqu’une sombre fatalité pesait sur elle depuis la découverte de la lettre condamnée à mort. Enfin, les mots vinrent:

—Il a bien fallu que je le dise.