Les traits de la grande fille se détendirent.

—Ah! personne?

—Seulement l’oncle Nathan et la vieille Marthe, notre ancienne bonne.

Berthe s’assit. De sa grande main, elle toucha les épaules de la pleureuse.

—Allons, ne pleure pas comme ça. Puisque c’est fini et oublié, qu’est-ce que ça te donne? Et dis-moi comment tout ça est arrivé.

Fanny obéit. Elle obéissait toujours à ceux qui savaient commander. Et, assise en face de l’autre, elle reprit cette confession qu’elle arrachait par bribes à sa mémoire endormie qui tressaillait pour se réveiller.

—Le régiment est reparti le lendemain à cinq heures. Je me suis barricadée dans ma chambre. J’étais comme folle et surtout honteuse. Il me semblait que ça se serait vu sur ma figure. Quel tourment! Tout ce que j’ai souffert! Enfin, maman est revenue. On dit que les mères voient tout. Non. Elle n’a rien su de ce qui était arrivé avant que je le lui dise. Ma vie changée, perdue, elle ne l’a pas devinée.

Elle regarda furtivement la morte comme si cet humble reproche était encore de trop envers celle qui n’entendait plus.

—Enfin, j’avais fini par m’habituer à ce malheur, à ce mensonge, quand j’ai compris que mon péché ne pouvait pas rester caché. Mais j’étais si jeune, si enfant encore que je ne faisais pas vraiment attention et c’est à ce moment-là que maman m’a questionnée. Oh! ça, ne me demande pas! Ce serait comme s’il fallait recommencer!

Berthe se pencha curieusement.