—Elle a été colère?

Fanny eut un frisson des épaules.

—Je ne peux pas te dire. Elle m’a soutenue. Mais comme elle était sévère! et sans pitié du tout...

«Enfin, elle a décidé tout avec l’oncle Nathan. Tu sais que la vieille Marthe était retirée dans son pays, à Bures, tout au bout du département, près de la Somme. Alors, on a répandu le bruit que j’étais malade et que nous allions consulter à Paris. Et nous sommes allées vivre trois mois à Dieppe. Février, mars, avril. Ces mois-là ne sont pas comme d’autres pour moi, depuis.»

Berthe dit, comme si elle gardait un contrôle ouvert et qu’elle s’en trouvât satisfaite:

—Oui, je suis restée en pension, je me rappelle. J’allais chez l’oncle Nathan le dimanche. Il disait que tu étais malade. Et puis?

Toute reprise par ses souvenirs, Fanny à présent se réveillait, frémissante, dans ce temps aboli qui effaçait le présent.

—Et puis, dit-elle, le moment est arrivé et j’ai bien souffert. Quel mal et quel tourment, tout ensemble! On ne peut pas savoir! Et surtout, quand je l’ai eu là contre moi, mon petit à moi, que c’était dur de me dire: «Faut pas que je me laisse aller à l’aimer!» Mais maman était là, toujours la même que tu l’as vue. Si sévère, si froide! Elle m’aurait pas quitté l’aimer. Et puis, j’étais si jeune, je ne savais pas, je n’osais pas. Plus tard, peut-être que j’aurais eu plus de courage...

Elle dit encore:

—Peut-être...