«Mais elle a tout arrangé pour moi. Tout. Elle n’a pas voulu que je lui donne à téter. J’aurais pu, pourtant. Je t’assure! Et puis, trois jours après, elle est rentrée toute seule. Et je n’ai rien osé lui demander. Enfin, quand je me suis relevée, elle m’a emmenée à la gare, et, là, nous avons pris le train pour Paris. En passant devant la station d’un petit pays qui avait un clocher pointu dans la verdure, elle m’a dit:
«—C’est là qu’il est, avec la vieille Marthe.
«Et c’est tout ce que j’ai su de mon petit garçon.»
Elle se tut. Berthe attendit un peu, et puis elle dit:
—Ah! il a été élevé là; alors, à Bures. Et la vieille Marthe, est-ce qu’elle écrivait?
Fanny avoua:
—Je ne sais même pas. Maman ne m’en a plus parlé, jamais, la première. Et tu sais comme elle était! On avait peur de commencer sur quelque chose qui ne lui plaisait pas. Et puis on dit: «l’amour maternel», mais ça ne vient pas toujours comme ça, au début. Moi, c’est comme si on me l’avait tué en moi, d’avance...
Comme elle s’arrêtait, Berthe commença:
—Enfin, tu en étais débarrassée, de c’ t’ enfant, et heureusement.
Fanny ouvrit grands ses yeux incolores qui ne comprenaient pas ce langage...