On entendit la voix de l’officiant prendre ce timbre émoussé des paroles dans l’air libre et vibrant. Il y avait des violettes le long des murs et des chemins herbeux, et l’odeur indicible du printemps normand montait de l’enclos, fécond plus que tous ceux d’alentour.

Fanny, droite, près du caveau profond, entendit encore: «Heureux ceux qui ont le cœur pur» et son cœur en révolte n’éclata pas. Maintenue à cette place qui était la sienne par des raisons plus puissantes que des mains qui l’y eussent tenue de force, elle écouta ou parut écouter; elle fit tomber la terre qui retentit si affreusement sur le cercueil, elle gagna l’allée et la sortie, elle se rangea près de la barrière et serra les mains de toute la ville qui défilait devant elle.

Enfin, ce fut la dernière main, et il n’y eut plus que les sœurs dans le cimetière, avec l’oncle Nathan et le vieux père Oursel.

—Ça y est, dit l’oncle d’un ton soulagé. Venez-vous, les filles?

Il dut se rendre compte après coup que sa phrase ne sonnait point comme il fallait, car il ajouta:

—Ma pau’r sœu’! C’est pas ça qui y changera rien, à c’t’ heure.

Berthe regardait disparaître dans l’allée tournante les derniers assistants, quelques humbles femmes du peuple, qui avaient jeté le crêpe léger d’autrefois sur le bonnet blanc, et Fanny, les yeux à terre, regardait en elle-même.

Ils partirent tous les quatre, le père Oursel un peu en arrière, par bienséance. Ils étaient fort regardés et sentaient les yeux embusqués derrière chaque rideau blanc qui tremblait; aussi ne parlèrent-ils pas jusqu’au retour à la maison bouleversée.

L’odeur écœurante du crêpe et des fleurs enfermées leur sauta au visage. Ils s’arrêtèrent dans le vestibule, incertains. Ce ne fut qu’un instant, un de ces courts instants où l’instinct crie quelque chose qu’on écoute avant de le faire taire. L’oncle Nathan y céda, pourtant. Il redressa dans la porte sa haute stature.

—Vous n’avez plus besoin de moi, mes pau’r filles? demanda-t-il. Alors, je m’en vas. J’ai de l’ouvrage chez moi.