L’instituteur protesta de sa bonne volonté et ils sortirent dans la rue baignée de lune. Le vieux couple les accompagna jusqu’au bas de la route en pente. Là, il y eut encore des adieux, des mots qui sonnaient plus fort qu’on n’aurait voulu dans l’air froid, et qui allaient frapper dans les fenêtres des maisons endormies. Et puis les demoiselles s’en allèrent avec leur cavalier. C’était la première fois de leur vie qu’elles se trouvaient seules dans la rue avec un homme à marier. Et elles en éprouvaient autant d’émoi que si elles avaient été de toutes jeunes filles. Plus, peut-être, parce qu’elles ne sentaient plus cet avenir illimité devant elles, et que l’angoisse était comme un levain dans leur émotion.
D’abord, elles furent silencieuses. Leur ombre les précédait. L’une en longueur, celle de M. Silas Froment; l’autre en largeur, celle de Berthe, et enfin, l’ombre fluette de Fanny, fragile comme elle, et mince.
Berthe regardait derrière elle et aussi devant, aux carrefours où quelqu’un pouvait se cacher. Elle avait un peu peur et un peu envie d’être vue avec leur cavalier.
—Y a-t-il longtemps que vous connaissez M. et Mme Gallier? demanda l’instituteur, comme ils tournaient le coin de la ruelle qui s’achevait en escalier, après avoir enjambé la rivière sur un petit pont couvert.
Berthe se hâta de répondre:
—Oh! je crois bien! On les a toujours connus, pour dire. Quand j’étais petite, M. Gallier me semblait déjà vieux.
Elle riait niaisement, d’un rire qui, aussi, voulait se rajeunir. La rivière proche grondait jusqu’à la roue du moulin et faisait entendre son grand bruit de chute en nappe.
Au pied de l’escalier, le bruit ayant diminué, l’instituteur demanda:
—Puis-je vous aider, mesdames?
Elles eurent un geste effarouché, le même, et Berthe répondit: