—Oh! non, monsieur, on a l’habitude. Merci!
Il faisait pourtant presque tout à fait noir dans l’espèce de cave que formaient d’un côté les murs d’une propriété et, de l’autre, les grands arbres qui retenaient dans leurs racines la terre des talus. Les demoiselles montaient vite, émues de sentir l’ombre presque opaque envelopper leur compagnon avec elles. Le bruit de la rivière décroissait peu à peu; enfin, la route de Villebonne apparut, blanche sous la lune.
—On a beau être accoutumé, dit Berthe, c’est toujours haut.
L’instituteur hocha poliment la tête et il regarda Fanny, comme s’il attendait les paroles qu’elle n’avait pas encore prononcées. Son cœur battait jusque dans sa gorge et elle dit faiblement:
—Oui, c’est haut.
Ils se remirent à marcher. L’instituteur, maintenant, était chez lui, mais il tint à mettre les demoiselles Bernage devant leur porte. Alors il se découvrit et sa belle figure apparut, ferme et nette, dans la clarté qui la sculptait en force. Il prit la grande main de Berthe, offerte la première; ensuite, Fanny donna la sienne, qu’il serra doucement d’abord, et puis plus fort, avec une insistance volontaire.
Il n’y eut que quelques secondes de trop. Déjà, pourtant, avec la prompte entente du couple qui s’aimante contre le danger, ils virent que Berthe attendait la fin de leur étreinte.
L’instituteur fit encore un salut, et s’en alla. Son pas net sonnait sur la terre froide; il décrut, s’arrêta, reprit et cessa.
Ce fut la musique qui berça la nuit blanche de Fanny, enfiévrée, étonnée et honteuse de sentir en elle quelque chose qui répondait à ces pas d’homme sur la terre, quelque chose qu’elle croyait mort à jamais et qui s’éveillait seulement: son cœur engourdi de vierge froissée.