—Non, non, je ne veux pas qu’on le sache encore, pas encore.

Elle parlait avec une hâte et une ardeur qui lui étaient si étrangères qu’il la considéra étonné.

—Ah! dit-il.

Il réfléchit un peu et ajouta:

—Il faut que nous soyons mariés à la rentrée.

Il avait pris ce ton de certitude avec lequel les hommes ordonnent ces choses. Fanny eut un frisson d’angoisse. Comment lui dire? Elle commença:

—J’aime mieux que ma sœur...

Il l’interrompit:

—Mais vous ne dépendez de personne, ni moi non plus. C’est ce qu’il y a de bien dans un mariage comme le nôtre. Voulez-vous que je lui parle?

Avec épouvante elle le regarda. Voyons, il fallait lui dire. Mais quoi? quels mots trouver pour parler de ce passé oublié, mort, en poussière? Vingt ans, plus de vingt ans! Elle savait si mal parler des choses de tous les jours, comment pourrait-elle parler de cela? Elle cherchait avec désespoir les paroles qu’il fallait. Et, en levant les yeux sur lui, elle vit qu’il souriait et que toute sa belle figure avait pris un air de tendresse. Il se pencha, saisit sa tête entre ses mains et, sans la baiser, l’appuya contre la sienne. Ce fut si doux qu’elle défaillit de joie en fermant les yeux. Quand elle les rouvrit, elle était seule. De la porte, il lui envoyait un dernier geste d’adieu; et Berthe ouvrait la grille.