L’infortunée princesse se leva, et se tint, visage découvert, devant la foule assemblée. Le président continua:
«Très noble dame, devant les grands juges de ce royaume, il a été déposé et prouvé que, en dehors des liens sacrés du mariage, Votre Grâce a donné naissance à un fils. De par nos anciennes lois, la peine applicable est la mort. Un seul secours vous reste, dont Sa Grâce le duc régnant, notre bon seigneur Conrad, va vous faire part solennellement. Prêtez attention.»
Conrad, à contre-cœur, étendit son sceptre, en même temps que, sous sa robe, son cœur de femme s’apitoyait sur le sort de la malheureuse prisonnière. Des pleurs vinrent à ses yeux. Il ouvrit la bouche pour parler; mais le ministre de la justice lui dit précipitamment:
«Non de là, Votre Grâce, non de là! Il n’est pas légal de prononcer une sentence contre une personne de race ducale, sinon du trône ducal!»
Le cœur du pauvre Conrad frissonna. Un tremblement secoua la carcasse en fer du vieux baron de Klugenstein. Conrad n’était pas encore couronné! Oserait-il profaner le trône? Il hésita et se détourna, pâle d’effroi. Mais il le fallait. Des yeux, déjà, s’étonnaient vers lui. S’il hésitait plus longtemps, ils se changeraient en yeux soupçonneux. Il gravit les degrés du trône. Puis il étendit le sceptre et dit:
«Accusée, au nom de notre souverain seigneur Ulrich, duc de Brandenbourg, je m’acquitte de la charge solennelle qui m’a été dévolue. Écoutez-moi. De par l’antique loi de la nation, vous n’échapperez à la mort qu’en produisant et livrant au bourreau le complice de votre crime. Prenez cette chance de salut. Sauvez-vous, tant que cela vous est possible; nommez le père de votre enfant!»
Un silence solennel tomba sur la cour suprême, un silence si profond que l’on pouvait entendre battre les cœurs. La princesse lentement se tourna, les yeux brillants de haine, et pointant son index droit vers Conrad, elle dit:
«C’est toi qui es cet homme.»
La désolante conviction d’un péril sans secours et sans espoir fit passer au cœur de Conrad un frisson tel que celui de la mort. Quel pouvoir au monde pouvait le sauver? Pour se disculper, il devait révéler qu’il était une femme, et pour une femme non couronnée, s’être assise sur le trône, c’était la mort. D’un seul et simultané mouvement, lui et son farouche vieillard de père s’évanouirent et tombèrent sur le sol.