Un bruit étrange, bientôt, se glissa dans le palais. Il grandit, et se propagea. Les racontars de la cité le répandirent. Il pénétra dans tout le duché. Et l’on entendait chuchoter: «La dame Constance a donné naissance à un fils?»
Quand ce bruit parvint aux oreilles du seigneur de Klugenstein, il agita par trois fois son casque à panache autour de sa tête, en criant:
«Longue vie au duc Conrad! Los! Sa couronne est sûre maintenant. Detzin s’est acquitté de sa mission. Le brave scélérat a bien mérité sa récompense!»
Il partit semer la nouvelle au large et au loin. Pendant quarante-huit heures, il n’y eut pas une âme dans la baronnie qui ne dansât et ne chantât, ne banquetât et n’illuminât, pour célébrer le grand événement, le tout aux frais généreux et gais du vieux Klugenstein.
CHAPITRE V
CATASTROPHE ÉPOUVANTABLE
Le procès était en cours. Tous les hauts seigneurs et les barons de Brandenbourg étaient assemblés dans la salle de justice du palais ducal. Pas une place inoccupée où un spectateur pût se tenir assis ou debout. Conrad, vêtu de pourpre et d’hermine, siégeait dans la chaire du ministre; de chaque côté s’alignaient les grands juges du royaume. Le vieux duc avait sévèrement commandé que le procès de sa fille fût jugé sans faveur aucune, puis avait gagné son lit le cœur brisé. Ses jours étaient comptés. Le pauvre Conrad avait supplié, comme pour sa propre vie, qu’on lui épargnât la douleur de juger le crime de sa cousine, mais en vain.
Le plus triste cœur de la nombreuse assemblée était dans la poitrine de Conrad.
Le plus joyeux dans celle de son père. Car sans être vu de sa fille Conrad, le vieux baron Klugenstein était venu; il était dans la foule des nobles, triomphant de la fortune grandissante de sa maison.
Les hérauts avaient fait les proclamations en forme. Les autres préliminaires étaient terminés. Le vénérable ministre de la justice prononça:
«Accusée, levez-vous!»