Un mathématicien.—Virginia. Nevada.

«Si un boulet de canon met 3 secondes ⅛ pour parcourir les 4 premiers milles, 3 secondes ⅜ pour les 4 milles suivants, 3 secondes ⅝ pour les 4 milles suivants, et ainsi de suite, avec une diminution de vitesse constante dans la même proportion, combien de temps lui faudra-t-il pour parcourir quinze cent millions de milles?»

—«Je n’en sais rien.»

Amoureux délaissé.—«J’ai aimé, et j’aime encore, la belle Edwitha Howard, et je voulais l’épouser. Hélas! durant un court voyage que j’ai fait à Benicia, la semaine dernière, hélas! elle a épousé Jones. Mon bonheur est-il à jamais perdu? N’ai-je plus aucun recours?»

—«Certainement, vous en avez. Toute la loi, écrite ou non, est pour vous. L’intention et non pas l’acte, constitue le crime, en d’autres termes constitue le fait. Si vous appelez votre meilleur ami un fou, avec l’intention de l’insulter, c’est une insulte. Si vous le faites pour plaisanter, sans intention offensante, ce n’est pas une insulte. Si vous tirez un coup de pistolet accidentellement et tuez un homme, vous pouvez aller tranquille, vous n’avez pas commis de meurtre. Mais si vous essayez de tuer un homme, avec l’intention manifeste de le tuer, et que vous le manquiez tout à fait, la loi décide cependant que l’intention constitue le crime, et vous êtes coupable de meurtre. Donc, si vous aviez épousé Edwitha par accident, sans en avoir l’intention réelle, vous ne seriez pas du tout marié avec elle, parce que l’acte du mariage ne pourrait être complet sans l’intention. Et donc, dans l’esprit rigoureux de la loi, puisque vous aviez l’intention formelle d’épouser Edwitha, bien que vous ne l’ayez pas fait, vous l’avez épousée tout de même parce que, comme je le disais tout à l’heure, l’intention constitue le crime. Il est aussi clair que le jour qu’Edwitha est votre femme, et votre recours consiste à prendre un bâton et à taper sur Jones avec ce bâton aussi fort que vous pourrez. Tout homme a le droit de protéger sa femme contre les avances d’un étranger. Une autre alternative se présente. Vous avez été le premier mari d’Edwitha à cause de votre intention formelle, et maintenant vous pouvez la poursuivre comme bigame pour avoir épousé Jones. Mais il y a un autre point de vue dans ce cas si compliqué. Vous aviez l’intention d’épouser Edwitha, et en conséquence, suivant la loi, elle est votre femme. Il n’y a aucun doute sur ce point. Mais elle ne vous a pas épousé, et elle n’a jamais eu l’intention de vous épouser. Vous n’êtes donc pas son mari. Donc, en épousant Jones, elle était coupable de bigamie, puisqu’elle était déjà la femme d’un autre homme, ce qui est rigoureusement déduit jusque-là; mais, en même temps, remarquez-le, elle n’avait pas d’autre mari quand elle a épousé Jones, puisqu’elle n’avait jamais eu l’intention de vous épouser. Elle n’est donc pas bigame. Par suite de tout ce qui précède, Jones a épousé une jeune fille, qui était une veuve en même temps, et aussi la femme d’un autre homme, et qui cependant n’avait pas de mari et n’en avait jamais eu, et n’avait jamais eu l’intention d’en avoir un, et par conséquent, comme il est clair, n’avait jamais été mariée. Par le même raisonnement vous êtes célibataire, puisque vous n’avez jamais été le mari de personne, et vous êtes marié puisque vous avez une femme vivante, et dans tous les cas vous êtes veuf, puisque vous avez perdu votre femme. Et vous êtes enfin un âne, pour être allé à Benicia dans ces conditions, alors que tout était si embrouillé. Et en même temps je me trouve moi-même si extraordinairement enlacé dans les complications de cette situation bizarre que je dois renoncer à vous donner de plus longs avis. Je m’y perdrais et deviendrais inintelligible. Je pourrais fort bien, si je voulais, reprendre l’argument où je l’ai laissé, et, en le suivant rigoureusement, démontrer, pour vous être agréable, ou que vous n’avez jamais existé, ou que vous êtes mort à l’heure actuelle, et par conséquent n’avez rien à faire de l’infidèle Edwitha. Je suis sûr que je le pourrais, si vous deviez y trouver quelque soulagement.»

Arthur Augustus.—«Non. Vous êtes dans l’erreur. C’est la façon de lancer une brique ou un tomahawk. Mais elle ne saurait convenir pour un bouquet.»

L’HISTOIRE SE RÉPÈTE

Le suivant, je l’ai trouvé dans un journal des îles Sandwich, qui me fut envoyé par un ami, du fond de cette paisible retraite. La coïncidence entre ma propre expérience et celle dont parle ici feu M. Benton est si frappante que je ne puis m’empêcher de publier et de commenter ce paragraphe. Voici le texte du journal sandwich:

«Combien touchant, le tribut payé par feu l’honorable T. H. Benton à l’influence de sa mère!—«Ma mère me demanda de ne jamais fumer. Je n’ai jamais touché de tabac depuis ce jour-là jusqu’à aujourd’hui. Elle me demanda de ne plus jouer. Je n’ai jamais plus touché une carte. Je suis incapable quand j’ai vu jouer de dire qui a perdu. Elle me mit en garde, aussi, contre la boisson. Si j’ai quelques qualités d’endurance actuellement, si j’ai pu me rendre quelque peu utile dans la vie, je l’attribue à mon obéissance à ses vœux pieux et corrects. Quand j’avais sept ans elle me demanda de ne pas boire, et je fis alors le vœu d’abstinence absolue. Si j’y fus constamment fidèle, c’est à ma mère que je le dois.»

Je n’ai jamais rien vu de si curieux. C’est presque un bref résumé de ma propre carrière morale, en substituant simplement une grand’mère à une mère. Combien je me rappelle ma grand’mère me demandant de ne pas fumer! Vieille chère âme! «Je vous y prends, affreux roquet! Bon! Que je vous y prenne encore, à mâcher du tabac avant le dîner! Et je vous parie que je vous donne le fouet jusqu’à vous laisser pour mort.»