—«Combien croyez-vous?»
—«Pour commencer, je crois que... Disons vingt-cinq mille dollars. C’est une affaire embrouillée et difficile. Il y a mille moyens d’échapper et mille facilités de recel. Ces voleurs ont des amis et des complices partout.»
—«Dieu me bénisse! vous les connaissez donc!»
«La physionomie prudente, habile à ne laisser transparaître ni les pensées ni les sentiments, ne me fournit aucun indice, pas plus que les mots suivants, placidement prononcés:
—«Ne vous occupez pas de cela. Je les connais ou je ne les connais pas. Généralement nous avons vite une idée assez nette de l’auteur par la manière dont le délit a été commis, et l’importance du profit possible pour lui. Il ne s’agit pas d’un pickpocket ou d’un voleur de foires, mettez-vous cela dans la tête. L’objet n’a pas été escamoté par un novice. Mais, comme je le disais, considérant le voyage qu’il faudra accomplir, la diligence que les voleurs mettront à faire disparaître leurs traces à mesure qu’ils avanceront, vingt-cinq mille dollars me paraissent une faible somme, à quoi nous pouvons cependant nous en tenir, pour commencer.»
«Nous partîmes donc de ce chiffre. Puis cet homme, qui n’oubliait rien de ce qui pouvait fournir une indication, me dit:
—«Il y a des cas dans les annales de la police qui démontrent que parfois des criminels ont été retrouvés par des singularités dans leur façon de se nourrir. Pouvez-vous me dire ce que mange l’éléphant, et en quelle quantité?»
—«Bon! ce qu’il mange? Il mange de tout. Il mangera un homme, il mangera une bible. Il mangera n’importe quoi compris entre un homme et une bible.»
—«C’est parfait. Un peu trop général toutefois. Il me faut quelques détails. Les détails sont la seule chose utile dans notre métier. Très bien, pour les hommes. Mais, voyons. A un repas, ou si vous préférez, en un jour, combien d’hommes mangera-t-il, viande fraîche?»
—«Il lui importera peu qu’ils soient frais ou non. En un seul repas, il pourra manger cinq hommes ordinaires.»