Jeanne était douce, simple et aimable. Elle aimait son pays natal, ses amis, la vie de son petit village. Après ses plus belles victoires, elle oubliait sa gloire pour bercer de mots consolants les mourants et les blessés. Elle était femme. La première fois qu’elle fut blessée, elle pleura à la vue de son sang, mais, entendant les autres généraux parler de retraite, elle remonta précipitamment à cheval et se rua à l’assaut.
Comme il est étrange de constater que les artistes qui ont représenté Jeanne d’Arc ne se sont jamais souvenus que d’un seul et petit détail, à savoir qu’elle était une paysanne, et qu’ils en ont fait une sorte de bonne prêcheuse du moyen âge, sans finesse de traits[G]! Les artistes se sont montrés les esclaves d’une idée figée, et ils ont oublié d’observer que les âmes sublimes ne sont jamais logées dans des corps grossiers. Car l’âme pétrit la chair par laquelle elle s’extériorise et, dans la lutte entre le corps et l’esprit, c’est ce dernier qui l’emporte, lorsqu’il s’agit d’une Jeanne d’Arc. Nous savons à qui ressemblait Jeanne d’Arc, sans chercher bien loin, simplement en nous rappelant ce qu’elle a fait. L’artiste devrait peindre son âme, et alors du même coup il peindrait son corps avec vérité. Elle s’élèverait alors devant nous comme une attirante vision: nous verrions un corps élancé, svelte et jeune, empreint d’une grâce inimaginable et émouvante, une figure transfigurée par la lumière de cette brillante intelligence et les feux de cet esprit surhumain.
Si nous considérons, comme je l’ai déjà dit, l’ensemble des circonstances, origine, jeunesse, sexe, ignorance, premier entourage, oppositions et obstacles rencontrés, victoires militaires et triomphes de l’esprit, il est facile de regarder Jeanne d’Arc comme la créature de beaucoup la plus extraordinaire que la race humaine ait jamais produite.
UN ARTICLE AMUSANT
Je découpe le paragraphe suivant dans un article publié par un journal de Boston:
LA CRITIQUE ANGLAISE ET MARK TWAIN
Mark Twain trouve ses meilleurs traits d’humour en décrivant les personnes qui n’apprécient pas du tout son humour. Nous connaissons tous l’histoire de ces Californiens épouvantés par la façon dont un reporter racontait une anecdote et nous avons entendu parler de ce clergyman de Pensylvanie qui retourna les Innocents à l’Étranger à son libraire en déclarant tristement que «l’homme capable de verser des larmes sur la tombe d’Adam devait être un idiot». Mais maintenant on peut ajouter quelque chose d’encore plus étonnant à son trophée: la Saturday Review[H], dans son numéro du 8 octobre, critique son livre de voyages dont l’édition anglaise vient de paraître, et le critique très sérieusement... Nous nous imaginons la joie que doit éprouver l’humoriste à lire cela! Et vraiment cet article est si amusant que Mark Twain ne saurait mieux faire que de le reproduire dans sa prochaine chronique mensuelle.
Ces lignes me donnent en quelque sorte le droit de reproduire ici l’article de la Saturday Review. J’en avais bien envie, car je ne saurais écrire quelque chose de moitié aussi délicieux. Si un lion de bronze pouvait lire cette critique anglaise sans rire, je le mépriserais complètement.
Voici donc l’article en question.
REVUE DES LIVRES