Voilà donc ce qu’on a dit de mon article, car la prétendue reproduction du Galaxy était mon article. J’en revendique l’entière paternité et responsabilité. Comme on l’a vu au début de cette chronique, j’avais appris par un journal de Boston que la Saturday Review avait publié une critique terriblement sérieuse de mon livre. En y réfléchissant et en songeant à ce que cela pouvait être, il me vint à l’idée de jeter sur le papier les idées qu’un grave critique de la Saturday Review pouvait avoir eues sur mon livre. De là un article qui fut publié par le Galaxy comme étant la reproduction de celui de la Saturday Review. Je n’eus pas l’occasion de lire le réel article de la revue anglaise jusqu’à ce que le mien eût paru dans le Galaxy et alors je trouvai que la véritable critique du chroniqueur anglais était plate, vulgaire, mal écrite, sans relief et ne signifiant rien.
Si maintenant quelqu’un doute de ma parole, je le tuerai. Non, je ne le tuerai pas, mais je le ruinerai et ce sera bien simple en lui offrant de parier ce qu’il voudra que j’ai raison. Cependant, pour être charitable, je lui conseille d’aller d’abord dans une librairie quelconque et de consulter la Saturday Review du 8 octobre avant de risquer son argent. Dieu me pardonne! Plusieurs ont cru que j’avais été «roulé»!
P.S.—Je ne puis résister à la tentation de citer encore quelques savoureux passages des articles qui ont été publiés au sujet de cette histoire. En voici un de l’Informateur de Cincinnati:
Rien n’est plus relatif que la valeur d’un bon cigare. Neuf fumeurs sur dix préféreront une qualité ordinaire, un cigare de trois ou quatre sous à un Partaga de cinquante-cinq sous, s’ils en ignorent la valeur. L’arome du Partaga est trop délicat pour le palais habitué aux bûches du Connecticut. Il en est de même de l’humour. Plus la qualité en est fine, moins il y a de chance pour qu’on s’en soucie. Mark Twain lui-même vient de faire cette expérience. Il a été pris à partie par un chroniqueur de la Saturday Review... Assurément, l’humour de Mark Twain n’est jamais grossier, mais, enfin, l’humour anglais est tellement plus affiné que le malentendu est bien compréhensible.
Ça, ce n’est pas mal.
Eh bien, quand j’aurai écrit un article dont je serai satisfait, mais qui, pour quelque raison, me paraîtra de nature à déplaire en quelque milieu, je dirai que l’auteur est anglais et qu’il est extrait d’une revue anglaise... et je crois que je rirai bien.
Mais voici un autre extrait de l’Informateur de Cincinnati:
Mark Twain s’est enfin aperçu que la critique de son livre publié par la Saturday Review n’était pas sérieuse et il est extrêmement mortifié d’avoir été ainsi joué. Il prend donc le seul parti qui lui reste et il prétend que la reproduction que le Galaxy avait faite de l’article en question n’était nullement authentique, mais que c’était lui-même qui l’avait écrite, en parodie de l’article véritable. C’est ingénieux, mais ce n’est malheureusement pas exact. Si quelques-uns de nos lecteurs veulent bien prendre la peine de venir dans nos bureaux, nous leur montrerons le numéro original du 8 octobre de la Saturday Review qui contient un article en tous points identique à celui qu’a publié le Galaxy. Le meilleur pour Mark Twain est d’admettre qu’il a été mystifié et de ne plus rien dire.
Cela, c’est un mensonge.
Si les directeurs de l’Informateur montrent un article du Galaxy contenant un article identique à celui qui a été consacré à mon livre dans le nº du 8 octobre de la Saturday Review, je consens à leur payer cinq cents dollars. De plus, si, à la date qu’on voudra, je manque de publier ici-même une reproduction de l’article de la Saturday Review du 8 octobre et si cet article n’est pas différent d’inspiration, de plan, de phrase et de mots de celui que le Galaxy publia, je payerai à l’Informateur cinq cents autres dollars. Je prends comme garants Messrs Sheldon and Cº, éditeurs, 500, Broadway, New-York, et ils acceptent. N’importe quel envoyé de l’Informateur sera admis à faire les preuves contraires. Il sera donc facile à l’Informateur de prouver qu’il n’a pas commis un piteux et misérable mensonge en publiant les lignes ci-dessus. Va-t-il rentrer sous terre ou accepter le défi? Je crois que l’Informateur est dirigé par un gamin.