En principe, nous sommes tous très friands de meurtres, de scandales, d’escroqueries, de vols, d’explosions, de collisions et de tout ce qui y ressemble, lorsque nous en pouvons connaître les victimes ou les héros, lorsqu’ils sont nos amis ou nos voisins, mais lorsqu’ils nous sont complètement étrangers, nous ne prenons généralement pas grand intérêt à ces dramatiques faits divers. Maintenant, l’ennui avec les journaux américains, c’est qu’ils ne font aucun choix, ils énumèrent et racontent tous les drames qui se sont accomplis sur la terre entière et il en résulte pour le lecteur un grand dégoût et une immense lassitude. Par habitude, vous absorbez toute cette ration de boue chaque jour, mais vous arrivez vite à n’y prendre aucun intérêt et en réalité, vous en êtes écœuré et fatigué. C’est que quarante-neuf sur cinquante de ces histoires concernent des étrangers, des gens qui sont loin de vous, très loin, à mille kilomètres, à deux mille kilomètres, à dix mille kilomètres. Alors, si vous voulez bien y réfléchir, qui donc va se soucier de ce qui arrive à ces êtres-là? L’assassinat d’un ami me touche plus que le massacre de tout un régiment étranger. Et, selon moi, le fait d’apprendre qu’un scandale vient d’éclater dans une petite ville voisine est plus intéressant que de lire le récit de la ruine d’une Sodome ou d’une Gomorrhe située dans un autre continent. Il me faut les nouvelles du pays où j’habite.

Quoi qu’il en soit, je vis tout de suite que le journal florentin me conviendrait parfaitement: cinq sur six des scandales et des drames rapportés dans ce numéro étaient locaux; il y avait les aventures des voisins immédiats, on aurait presque pu dire des amis. En ce qui concerne les nouvelles du monde extérieur, il n’y en avait pas trop, disons: juste assez. Je m’abonnai. Je n’eus aucune occasion de le regretter. Chaque matin j’y trouvais les nouvelles dont j’avais besoin pour la journée. Je ne me servis jamais de dictionnaire. Très souvent, je ne comprenais pas très bien, quelques détails m’échappaient, mais, n’importe, je voyais l’idée. Je vais donner ici une coupure ou deux de quelques passages afin de bien montrer combien cette langue est claire:

Il ritorno dei Reali d’Italia

Elargizione del Re all’ Ospedale italiano

La première ligne annonce évidemment le retour des souverains italiens—qui étaient allés en Angleterre. La seconde ligne doit se rapporter à quelque visite du roi à l’hôpital italien.

Je lis plus loin:

Il ritorno dei Sovrani a Roma
ROMA, 24, ore 22,50.—I Sovrani e le Principessine
Reali si attendono a Roma domani alle ore 15,51.

Retour des souverains à Rome, vous voyez! La dépêche est datée: Rome, le 24 novembre, 23 heures moins dix. Cela paraît signifier: «Les souverains et la famille royale sont attendus à Rome demain à 16 heures et 51 minutes.»

Je ne sais pas comment on compte l’heure en Italie, mais, si j’en juge d’après ces fragments, je suppose que l’on commence à compter à minuit et que l’on poursuit sans s’arrêter jusqu’à l’expiration des vingt-quatre heures. Dans la coupure ci-après, il semble indiqué que les théâtres s’ouvrent à 20 heures et demie. S’il ne s’agit pas de matinées, ore 20,30 doit indiquer 8 heures 30 du soir:

Spettacoli del di 25