—Comme tout cela est merveilleux et étonnant! Voici maintenant que nous allons faire régner nos descendants sur la plus ancienne des trois cent soixante-quatre principautés allemandes et sur l’une des trois ou quatre à qui Bismarck laissa une indépendance relative en fondant l’unité de l’Empire! Je connais cette petite capitale. Ils ont un fort et une armée permanente; de l’infanterie et de la cavalerie; trois hommes et un cheval. Aleck, nous avons longuement attendu, nous avons souvent été déçus et avons dû différer nos projets, mais maintenant Dieu sait que je suis pleinement, parfaitement, absolument heureux! Heureux, envers toi, ma chérie, qui as préparé ce beau triomphe. A quand la cérémonie?
—Dimanche prochain.
—Bien. Nous allons donner à ce double mariage un éclat incomparable. Ce n’est que convenable étant donné le prestige des fiancés. Maintenant, autant que je peux savoir, il n’y a qu’une forme de mariage qui soit exclusivement royale, c’est la forme morganatique... Sera-ce un mariage morganatique?
—Que veut dire ce mot, Sally?
—Je ne sais pas, mais ce que je sais, c’est qu’il ne s’emploie qu’au sujet des unions des rois ou des princes...
—Alors, ce sera morganatique. Bien mieux, je l’exigerai. Il y aura un mariage morganatique ou point.
—Bravo! Aleck. Voilà tout arrangé! s’écria Sally en se frottant les mains. Ce sera la première cérémonie de ce genre en Amérique. Tout New-York en sera malade.
... Les deux époux retombèrent dans le silence, tout occupés chacun à part eux à parcourir l’Europe en invitant les têtes couronnées et leurs familles aux merveilleuses fêtes qu’ils allaient donner pour les noces de leurs filles.
VIII
Durant trois jours, les Foster ne vécurent plus que dans les nuages. Ils n’étaient plus que très vaguement conscients des choses et des gens qui les entouraient. Ils voyaient les objets confusément, comme au travers d’un voile. Leurs âmes étaient demeurées au pays des rêves et ne savaient plus revenir au monde des réalités. Ils n’entendaient pas toujours les paroles qu’on leur adressait et quand ils entendaient, très souvent ils ne comprenaient pas. Alors ils répondaient très vaguement ou à côté. A son magasin, Sally vendit des étoffes au poids, du sucre au mètre et donnait du savon quand on lui demandait des bougies. A la maison, Aleck mettait son chat dans l’armoire et offrait du lait à une chaise. Tous ceux qui les approchaient étaient étonnés et s’en allaient en murmurant: «Qu’est-ce que les Foster peuvent donc avoir?»