Un coup frappé à la porte l’interrompit. C’était le propriétaire et directeur du Sagamore. Il avait dû venir voir un parent éloigné qui était près de sa fin et, pour ne pas oublier ses intérêts malgré son chagrin, il était venu frapper à la porte des Foster qui s’étaient trouvés tellement absorbés en d’autres préoccupations qu’ils avaient négligé de payer leur abonnement depuis quatre ans. Ils devaient six dollars.
Nul visiteur ne pouvait être accueilli avec plus de joie. Il allait pouvoir dire tout ce qui concernait l’oncle Tilbury et l’état de sa santé. Naturellement, les Foster ne voulaient ni ne pouvaient lui poser à ce sujet aucune question directe... sous peine de manquer à leur engagement sacré; mais ils pouvaient tâcher d’amener la conversation tout près du sujet brûlant et espérer d’obtenir quelque renseignement spontané. Tout d’abord, cela n’amena aucun résultat. L’esprit obtus du journaliste ne se rendit compte de rien, mais, à la fin de la visite, le hasard fit ce que la ruse n’avait pas su provoquer. Pour illustrer une affirmation qui avait sans doute besoin de ce soin, le directeur du Sagamore s’écria:
—Terre du ciel, c’est juste, comme disait Tilbury Foster.
Ce nom fit tressauter les Foster. Le journaliste s’en aperçut et dit en s’excusant:
—Je vous demande pardon. Je ne mettais aucune mauvaise intention dans cette phrase, je vous assure. Un parent peut-être?
Sally rassembla tout son courage et, arrivant à se dominer par un grand effort, il répondit d’un ton indifférent:
—Un parent... eh bien... non, pas que je sache, mais nous avons entendu parler de lui.
Le directeur, heureux de n’avoir pas blessé un abonné, reprit contenance. Sally ajouta:
—Est-il... se porte-t-il bien?
—Bien! Dieu vous bénisse! Il est en enfer depuis cinq ans!