Les Foster tressailliront de douleur, mais il leur sembla que c’était de joie.
Sally reprit:
—Ah bien! telle est la vie... nous devons tous la quitter, les riches aussi bien que les autres!
Le directeur se mit à rire:
—N’y comprenez pas Tilbury, dit-il; il est mort sans le sou. Il a été enterré aux frais de la commune.
Les Foster demeurèrent pétrifiés pendant deux minutes. Alors, la face toute blanche, Sally reprit d’une voix faible:
—Est-ce vrai? Êtes-vous sûr que ce soit vrai?
—Certes! J’ai été obligé de m’occuper des formalités, parce que Tilbury—qui n’avait pour tout bien qu’une brouette—me l’avait léguée. Et notez que cette brouette n’avait plus de roue. De plus, cela m’a obligé à écrire une sorte d’article nécrologique sur le défunt, mais la composition de cet article fut détruite parce que...
Les Foster n’écoutaient plus. Ils en avaient assez; ils n’avaient plus besoin de renseignements; ils ne pouvaient en supporter davantage. Ils restaient là, la tête penchée, morts à toute chose, sauf à leur souffrance aiguë.
Une heure après, ils étaient toujours à la même place, leurs têtes baissées, silencieux. Leur visiteur était parti depuis longtemps, sans qu’ils y eussent prêté la moindre attention. De temps à autre ils hochaient la tête à la façon des vieillards, d’une manière dolente et chagrine, puis ils se mirent à bavarder d’une manière puérile et à prononcer des paroles sans suite. Par moments ils retombaient dans leur silence profond... Ils semblaient avoir oublié tout le monde extérieur. Quelquefois, aux moments où ils rompaient le silence, ils avaient une vague conscience d’avoir été frappés par une grande douleur et alors ils se caressaient mutuellement les mains en signe de compassion réciproque et comme pour se dire l’un à l’autre: «Je suis près de toi, je ne t’oublie pas. Nous supporterons le malheur ensemble. Quelque part il doit y avoir le repos et l’oubli, quelque part nous trouverons la paix et le sommeil; sois patient, ce ne sera plus bien long.»