Ces paroles avaient une allure tellement sincère, que les esprits abattus du jeune homme en furent tout relevés, une légère humidité se trahit dans ses yeux, confession involontaire de sa reconnaissance émue. L’étranger eut vite noté cet indice et, fort satisfait d’une telle réponse, poursuivit son but sans attendre des paroles.

—Non, ne faites pas cela, ce serait trop dommage. J’ai entendu ce que vous avez dit—vous me pardonnerez cette indiscrétion—j’étais si près que je n’ai pu m’empêcher. Et je suis tourmenté à la pensée que vous allez couper court à votre voyage, quand au fond vous désirez tant voir Saint-Pétersbourg, et que vous en êtes pour ainsi dire à deux pas! Réfléchissez encore; ah, vous devez y réfléchir. La distance est si courte—ce sera bientôt fait, vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer—et quel monde de beaux souvenirs vous en rapporterez!

Puis il se mit à faire des descriptions enthousiastes de la capitale russe et de ses merveilles, en sorte que l’eau en vint à la bouche d’Alfred Parrish, et que toute son âme frémit d’un irrésistible désir.

—Mais il faut absolument que vous voyiez Saint-Pétersbourg—il le faut! mais, ce sera un enchantement pour vous, un véritable enchantement! je puis bien vous le dire, moi, car je connais la ville aussi bien que je connais mon village natal, là-bas en Amérique. Dix ans, dix ans j’y ai vécu. Demandez à qui vous voudrez; on vous le dira, tout le monde me connaît. Major Jackson. Les chiens eux-mêmes me connaissent. Allez-y, oh! il n’y a pas à hésiter. Croyez-moi.

Alfred Parrish était tout vibrant d’ardeur et de joie maintenant. Son visage l’exprimait plus clairement que sa langue ne l’aurait pu.

Puis... l’ombre obscurcit de nouveau son front et il dit-tristement:

—Oh! non. Ce n’est pas la peine. Je ne pourrais pas. Je mourrais de solitude.

Le major s’écria avec étonnement:

—Solitude! mais j’y vais avec vous!

C’était là un coup bien inattendu. Et pas tout à fait satisfaisant. Les choses marchaient trop vite. Était-ce un guet-apens? Cet étranger était-il un filou? Sinon, pourquoi porterait-il gratuitement tant d’intérêt à un jeune garçon errant et inconnu? Mais un simple coup d’œil jeté à la physionomie franche, joviale et ouverte du major rendit Alfred tout honteux; il se demanda comment il pourrait bien se tirer de cet embarras sans blesser les bons sentiments de son interlocuteur. Mais il n’était pas des plus adroits en diplomatie et il aborda la difficulté avec le sentiment gênant de sa faiblesse et de sa timidité. Il dit avec une effusion de modestie un peu exagérée: