Le secrétaire dit, tout étonné:

—Pourquoi donc jurez-vous ainsi, major? Le prince vous a donné vingt-quatre heures. Regardez la pendule. Qu’avez-vous à craindre? Vous avez encore une demi-heure. Il est juste l’heure du train; le passeport arrivera sûrement à temps.

—Monsieur, il y a une affreuse nouvelle! Le train a trois heures de retard! La vie et la liberté de ce garçon s’écoulent, minute par minute. Il ne lui en reste plus que trente! Dans une demi-heure il sera comme perdu et damné à toute éternité! Dieu tout-puissant! Il faut que nous ayons un passeport!

—Oh! je meurs, je sens que je meurs! gémit le pauvre enfant, et sa tête retomba...

Un changement rapide se fit dans l’expression du secrétaire; sa placidité ordinaire fit place à une vive excitation qui remplit ses yeux de flammes. Il s’écria:

—Je vois et je comprends toute l’horreur de la situation, mais... que Dieu nous aide! que puis-je faire, moi? Que proposez-vous que je fasse?

—Mais, sapristi, donnez-lui son passeport!

—Impossible! Totalement impossible! Vous ne le connaissez pas vous-même. Il n’y a aucun moyen au monde de l’identifier. Il est perdu... perdu! Il ne reste aucune possibilité de le sauver!

Le pauvre garçon gémit encore et sanglota:

—Le Seigneur ait pitié de moi, c’est bien le dernier jour d’Alfred Parrish!