Je suivis le domestique, heureuse et reconnaissante, car je comprenais que mon petit ne souffrait plus maintenant parce qu’il était endormi. Le valet alla jusqu’au bout le plus éloigné du jardin, à l’endroit où les enfants et la nourrice avaient l’habitude de jouer en été, à l’ombre d’un grand ormeau... Le valet creusa là un trou profond et je vis qu’il allait planter mon petit. Je fus très heureuse, parce qu’il viendrait sûrement à cet endroit un grand et beau chien comme mon ami Robin Adair, et ce serait une très belle surprise pour le moment où mes maîtresses reviendraient. Aussi, essayai-je d’aider à l’homme, mais ma pauvre jambe blessée n’était pas bien bonne et plutôt raide. Quand l’homme eut fini et eut recouvert mon petit Robin, il me caressa la tête, et il y avait des larmes dans ses yeux quand il me dit: «Pauvre chienne, toi, tu as sauvé son enfant!»

..... J’ai attendu deux semaines entières et il n’a pas poussé!

Ces derniers jours, une crainte m’est venue. Je pense qu’il y a quelque chose de terrible dans tout cela. Je ne sais pas ce que c’est, mais la frayeur me rend malade, et je ne puis rien manger, quoique les domestiques m’apportent tout ce qu’ils ont de meilleur. Ils me caressent et même viennent le soir auprès de moi, ils pleurent et me disent: «Pauvre chère bête, abandonne tout cela et viens avec nous à la maison; ne nous brise pas le cœur!»

Tout cela me terrifie encore davantage et me convainc que quelque chose a dû arriver.

Je suis très faible. Depuis hier, je ne puis plus me tenir sur mes pieds. Et maintenant, à l’heure où le soleil disparaît et où la nuit glacée monte, les domestiques disent entre eux des choses que je ne puis comprendre, mais qui versent quelque chose de froid en mon cœur:

«Ces pauvres dames! Elles ne se méfient de rien! Elles vont rentrer un matin, elles demanderont tout de suite la chère créature qui a été si brave et courageuse... et qui de nous aura la force de leur dire: «L’humble petite bête s’en est allée où vont les bêtes qui meurent!»

HOMMES ET PRINCES

I

Le lendemain de l’arrivée du Prince Henri de Prusse aux États-Unis, je rencontrai un Anglais de mes amis qui se frottait les mains et paraissait fort joyeux. Il m’aborda d’un air triomphant.

—Eh bien, s’écria-t-il, vous voilà pris et c’est mon tour de rire! Ne vous ai-je pas entendu dire plus d’une fois que les Anglais avaient une passion pour les lords, les princes et les nobles? Je ne savais que vous répondre et il ne semblait pas que j’eusse jamais l’occasion de pouvoir défendre mes compatriotes... Mais, maintenant, après l’ovation que vous avez faite au Prince Henri, je crois que je peux redresser la tête... Vous savez aussi être courtisans, vous autres, Américains!