—Vous avez fait un joli coup... et peut-être aussi avez-vous fait quelque bien... Quelque bien... oui, au fait. La maladie de Mme Lester, c’est la fièvre typhoïde. Vous l’avez amenée à se déclarer, je crois, par vos folies, et c’est un service que vous m’avez rendu, après tout... Je n’avais pas encore pu me rendre compte de ce que c’était.
Comme mues par un ressort, les vieilles tantes se levèrent ensemble, frissonnantes de terreur.
—Asseyez-vous! continua le docteur. Que voudriez-vous faire?
—Ce que nous voulons faire? Nous devons aller vite la voir. Nous...
—Vous n’en ferez rien du tout, vous avez fait assez de mal pour aujourd’hui. Voulez-vous donc épuiser d’un seul coup tout votre stock de crimes et de folies? Asseyez-vous, je vous dis. J’ai fait le nécessaire pour qu’elle dorme. Elle en a besoin. Si vous la dérangez sans mes ordres, je vous scalperai... si toutefois vous avez les instruments nécessaires pour cela.
Elles s’assirent, désolées et indignées, mais obéissantes, par force. Il continua:
—Maintenant, je veux que la situation me soit expliquée. Elles voulaient me l’expliquer. Comme si elles n’avaient pas déjà bien assez d’émotion et d’excitation. Vous connaissiez mes ordres. Comment avez-vous osé entrer dans cette chambre et faire tout ce bruit?
Esther jeta un regard suppliant à Anna. Anna répondit par un regard suppliant à Esther. Ni l’une ni l’autre ne voulait danser sur cet air-là. Le docteur vint à leur secours. Il dit:
—Commencez, Esther.
Tortillant les franges de son châle, Esther dit timidement, les yeux baissés: