—Alors, prenez ma place auprès d’Hélène demain matin. Moi, je saurai dire la vérité.
Esther se jeta au cou de sa sœur pour l’attendrir et la supplier:
—Non, Anna, oh, ne le dites pas!... vous la tuerez!
—Du moins, j’aurais dit la vérité.
Au matin, elle eut une cruelle épreuve, elle aussi, en présence de la même question de la mère, et elle rassembla toutes ses forces pour ne pas faiblir. Lorsqu’elle ressortit de la chambre, Esther l’attendait, pâle et tremblante, dans le vestibule. Elle lui demanda à voix basse:
—Oh! comment a-t-elle pris l’affreuse nouvelle, cette pauvre, cette malheureuse mère?
Les yeux d’Anna étaient pleins de larmes. Elle dit:
—Dieu me pardonne; j’ai dit que l’enfant se portait bien.
Esther la serra contre son cœur:
—Dieu vous bénisse, Anna! dit-elle. Et elle lui exprima tout son amour et sa reconnaissance en caresses et en louanges passionnées.