Le silence régna pendant quelque temps. Nous écoutions les sifflements rauques de la machine et les gémissements du vent. Alors Thomson reprit son discours sentimental:

—Oui, oui, il nous faut tous partir, il n’y a pas à sortir de là. L’homme né de la femme est ici-bas pour quelques jours seulement... comme le dit l’Écriture. Oui, envisagez-le du côté que vous voudrez, c’est bien solennel et curieux... Il n’y a personne qui puisse y échapper. Tous doivent partir, sans exception aucune. Un jour vous êtes joyeux et fort...

A ce point de son discours, il se leva brusquement, cassa une vitre, mit son nez au travers, respira une ou deux fois et revint s’asseoir pendant que je me levais pour mettre aussi mon nez à l’ouverture... A tour de rôle nous fîmes ce manège pendant quelque temps.

—Et le lendemain, reprit mon compagnon, on est coupé comme l’herbe et la place qui vous a connu ne vous reconnaîtra plus jamais... comme dit l’Écriture. Oui, vraiment... c’est solennel et curieux... mais il nous faut tous partir à un moment ou à un autre, il n’y a pas à sortir de là...

Il y eut une autre longue pause, puis:

—De quoi est-ce qu’il est mort?

Je dis que je ne savais pas.

—Depuis quand est-il mort?

Il semblait raisonnable de grossir un peu la vérité pour satisfaire les probabilités et je dis:

—Deux ou trois jours.