—J’ai une idée! Supposons que nous nous y mettions tous les deux et que nous portions le colonel à l’autre bout du wagon... disons à vingt mètres de nous. Il n’aurait pas tant d’influence, alors, qu’en pensez-vous?
Je dis que c’était une bonne idée. Aussi, après nous être tous deux munis d’une bonne provision d’air au carreau cassé, nous nous approchâmes de la caisse et nous nous penchâmes sur elle. Thomson me fit signe de la tête en disant: Nous y sommes! puis, nous fîmes ensemble un effort surhumain. Mais Thomson glissa et son nez s’abattit sur les colis avoisinants.
Il suffoqua, s’étouffa et fit un bond vers la portière en battant l’air des deux mains et en criant:
—Garez-vous du chemin! Laissez-moi passer! Je suis mort! Garez-vous donc!
Je m’assis sur la plateforme, à la bise glaciale, pour lui soutenir un moment la tête... Il parut revivre. Après un instant, il dit:
—Nous l’avons bien tout de même un peu ébranlé, le général, hein?
—Je ne crois pas. Il n’a pas démarré, répondis-je.
—Ben, cette idée-là ne vaut rien! Faudra en trouver une autre. Il est content où il s’trouve, faut croire... Et puisque c’est comme ça qu’il prend les choses, et s’il s’est mis dans la tête de ne pas vouloir être dérangé, vous pouvez être sûr que tout se passera comme il l’entend. Oui, il vaut bien mieux lui laisser la paix tant qu’il voudra... Parce que, vous comprenez, il connaît toutes les ficelles à c’te heure, et ça s’comprend que le pauvre bougre qui essaiera de le contrarier aura du fil à retordre...
Mais nous ne pouvions rester dehors dans cette furieuse tempête, nous y serions rapidement morts de froid. Il fallut donc rentrer, fermer la porte et recommencer à souffrir en prenant place tour à tour à la vitre cassée. Après quelque temps, comme nous repartions d’une station, après un moment d’arrêt, Thomson bondit gaiement dans le fourgon en s’écriant:
—Nous sommes sauvés, cette fois, y a pas d’erreur! J’ai trouvé ce qu’il lui faut à ce monsieur. Nous le rendrons moins encombrant, quand le diable y serait!