— Il est né afec ses ganons ; il n’a pas eu besoin de travailler, son chénie se charge de tout. S’il tormait, un binceau à la main, il beindrait un ganon. Oh ! s’il bouvait seulement vaire un biano, ou une cuitare, ce zerait le vortune, oui le vortune, par Saint-Jean !
— Il est vraiment bien regrettable que le commerce ne soit pas plus actif.
Le capitaine commençait à perdre son flegme.
— Vous l’avez dit, monsieur Tracy ; oui, cet arrêt du commerce est déplorable. Tenez, regardez ce no 11 : c’est un cocher, un superbe cocher. Eh bien ! il voudrait avoir sa voiture là, sur la toile, à la place du canon. J’ai tourné la difficulté en lui exposant que le canon constituait en quelque sorte notre marque de fabrique et que si je le supprimais, le public hésiterait peut-être à reconnaître un « Saltmarsh » dans ce tableau ; vous-même, vous en douteriez…
— Vous croyez, capitaine ! vous vous calomniez vraiment. Quiconque a vu une fois un tableau « Saltmarsh » est à l’abri de toute erreur. Réduisez-le, supprimez-en les détails que vous voudrez, le coloris et l’expression restent, on le reconnaîtra entre tous et on se dira…
— Oh ! comme ça me fait plaisir de vous entendre !
— Que l’art de Saltmarsh est un art tout spécial, que rien au monde ne lui ressemble…
— Mon Tieu ! égoutez seulement ! je n’ai chamais ententu des mots zi brécieux de doute ma fie !
— Alors, monsieur Tracy, je l’ai dissuadé de la voiture et il n’en a plus reparlé, mais il voulait à tout prix que je représente un corbillard dont il est le cocher au mois. Or, comme je ne sais pas davantage peindre un corbillard, je me trouve très empêtré. Impossible de nous entendre, vous voyez. La même complication m’arrive avec les femmes, qui veulent toutes un tableau de genre…
— Sont-ce donc les accessoires qui font d’un tableau une œuvre de genre ?