— Oui ; un canon, un chat et une spécialité de genre, cela vous donne du caractère. Nous serions très appréciés du public féminin si nous pouvions représenter tous ces accessoires. Mais ces dames n’aiment pas l’artillerie. Je n’ai malheureusement pas le don de leur plaire, continua le capitaine en soupirant, ce que fait Handel est toujours réussi à leurs yeux.

— Égoutez donc le fieux ! Il barle toujours gomme ça de moi ! interrompit l’Allemand.

— Mais regardez vous-même ! Ces quatorze tableaux ! pas deux pareils !

— Maintenant que vous me le dites, je le vois ; c’est donc une rareté à vos yeux ?

— Précisément ; et c’est en cela que consiste le talent d’Handel. Il sait merveilleusement présenter le même sujet sous des formes différentes.

— J’admets qu’il a de grandes qualités ; je les admire, mais, sans vouloir le critiquer, il me semble que chez lui l’exécution…

La figure du capitaine se contracta pendant qu’il murmurait à voix basse : Technique, polytechnique, pyrotechnique, autrement dit : Feu d’artifice. Il y a en effet trop de couleur.

Puis il ajouta avec calme :

— Au fond, vous avez raison ; il abuse un peu trop des couleurs ; mais on aime ça en général, et vous savez, les affaires sont les affaires. Prenez le no 9, par exemple, le boucher ; il arrive à l’abattoir aussi pâle et sobrement vêtu que possible, et maintenant, voyez-le ; il est rouge comme un scarlatineux, c’est là précisément ce qui lui plaît. Je fais en ce moment une étude de saucisses, et si je peux en mettre un chapelet sur le canon, je le ferai ; mais je crains de ne pas y arriver.

— Il est certain que votre confrère, votre camarade en art, est un coloriste émérite…