— Dès que j’aurai jeté les bases de cette République, un rayon de liberté, d’intelligence, de probité et de justice éclairera le monde et éblouira l’humanité ; la masse des esclaves russes se lèvera et marchera vers l’Est, transfigurée à l’approche de ce soleil levant. Derrière cette multitude envahissante, que verrez-vous ? Un trône vacant au milieu d’un pays vide. C’est faisable, Dieu et moi nous réalisons ce rêve.
Il était soulevé de terre par son enthousiasme, son exaltation ; mais revenant à la réalité, il reprit avec sérieux :
— Je vous demande pardon, major Hawkins, je ne vous ai jamais fait entendre de telles histoires, j’espère que vous ne m’en voudrez pas. Voyez-vous, je ne suis pas responsable ; comme toutes les natures nerveuses et impulsives, j’obéis à une force aveugle. Dans le cas présent étant démocrate de naissance et par convictions, je deviens aristocrate par héritage…
Le duc s’arrêta subitement, toute sa personne se raidit et il se mit à regarder fixement par la fenêtre. Il étendit le doigt et ne put prononcer que cette exclamation :
— Regardez !
— Quoi donc, colonel ?
— Lui.
— Non.
— Aussi vrai que j’existe, ne bougez pas. Je vais concentrer tout mon fluide et faire appel à toutes mes forces. Puisque je l’ai amené jusqu’ici, je le ferai bien entrer dans la maison. Vous verrez.
Il se mit à gesticuler et à faire des passes avec ses mains.