— Je le regrette, je ne savais pas qu’elle sortait, monsieur Tracy.

La physionomie de Gwendolen exprimait à ce moment une déception. Elle se demandait si elle n’avait pas pris une résolution trop hâtive. Trois vieilles têtes en face d’un jeune, c’est trop. Gwendolen, agitée d’un vague espoir, dit d’un air qu’elle s’efforçait de rendre naturel :

— Si vous le préférez, j’écrirai aux Thompson que…

— Oh ! c’est chez les Thompson que vous allez ? Cela simplifie tout. Nous nous arrangerons bien sans gâter votre soirée, mon enfant. Je ne voudrais pas gâter votre soirée, mon enfant, ni vous causer de déception, mon enfant, puisque c’était convenu.

— Mais, papa, j’irai aussi bien un autre jour…

— Non, je ne veux pas… Vous êtes une brave enfant courageuse et active, et votre père ne veut pas contrarier vos projets quand…

— Mais papa, je…

— Non… pas un mot, nous nous passerons bien de vous, ma fille.

Gwendolen, navrée, était sur le point de pleurer ; il ne lui restait plus qu’à partir. Soudain son père eut une idée géniale, qui lui permit d’aplanir la difficulté.

— Il me vient une idée, mon enfant, dit-il ; j’ai trouvé le moyen de ne pas vous priver de votre invitation et de nous consoler en même temps de votre absence : envoyez-nous votre amie, Bella Thompson ; Tracy, vous verrez quelle délicieuse créature. Oh ! oui, sans exagération, elle est superbe, je veux que vous la voyiez et je suis sûr que vous en serez sur l’heure éperdument amoureux. Oui, oui, envoyez-nous-la, Gwendolen, et dites-lui… Tiens, elle est partie !