— Moi, pourquoi ?

— N’avez-vous donc aucune fibre de sensibilité ? Toutes ces histoires ne remuent donc en vous aucun souvenir ?

— Mais… non… dit-il étonné. Je ne vois pas ce qu’elles pourraient me rappeler.

— Mon Dieu, comment pouvez-vous paraître si insouciant et si calme en entendant tout cela ? Eh bien ! regardez-moi en face et répondez sans détour : N’êtes-vous pas le fils du docteur Snodgrass, le frère de ce Zylobalsamum ? (Hawkins allait entrer dans le salon, mais en entendant prononcer ces noms, il préféra se retirer à pas de loup et se promener dans la ville). Ne vous appelez-vous pas Spinal Meningitis ? Votre père n’est-il pas le docteur Snodgrass, un toqué comme toute sa famille depuis des générations, qui donne à ses enfants des noms de poisons et d’anatomie ? Répondez-moi une bonne fois et un peu vite, s’il vous plaît. Pourquoi restez-vous là comme un ahuri, tandis que vous me voyez devant vous, attendant une explication ?

— Oh ! je voudrais, je voudrais bien pouvoir vous dire… le mot qui vous rendrait le calme et le bonheur. Mais cela m’est impossible, car je n’ai jamais entendu parler de ces gens-là.

— Quoi ! c’est donc vrai ? Répétez-le.

— Je n’ai jamais entendu prononcer leurs noms.

— Mon Dieu, que vous avez donc l’air sincère en parlant ! Assurément vous ne paraîtriez pas si innocent si vous mentiez.

— Je ne peux ni ne veux mentir. Ce que je vous dis est vrai. Oh ! cessons donc de nous faire souffrir ainsi. Rendez-moi votre amour et votre confiance.

— Attendez… Encore une petite question. Dites-moi que vous avez voulu me tromper par simple vanité, que vous le regrettez et que vous ne comptez pas sur une couronne de duc…