Tracy ne broncha pas, pas un muscle de son visage ne se contracta. Sally, stupéfaite, admirait sa force de caractère, désappointée du peu de succès de sa tentative d’investigation : elle s’arrêta si court que Tracy lui demanda en la regardant :

— Eh bien ?

— Oh ! je vous croyais distrait. Oui, cet article s’étend indéfiniment sur ce docteur Snodgrass et sur son fils de prédilection, ce Zylobalsamum Snodgrass…

Tracy restait toujours impassible.

Est-il assez maître de lui-même ! pensa Sally en continuant à le regarder dans les yeux. Elle voulait à tout prix le voir se départir de ce calme exaspérant et cherchait le moyen de toucher la corde sensible de ce cœur si désespérément muré.

— Cet article parle aussi, reprit-elle, de l’aîné, ce pauvre être que sa famille a tellement délaissé dans sa jeunesse et qui n’a reçu ni instruction, ni éducation. Élevé dans une ignorance totale, il a grandi au milieu de camarades vulgaires et dissipés, si bien qu’il est devenu lui-même ce parfait voyou et ce vaurien…

Tracy ne sourcillait pas. Alors Sally, doucement, s’approcha de Tracy qui leva les yeux sur elle : leurs regards se rencontrèrent et elle acheva sa phrase avec un calme impressionnant.

— … Appelé Spinal Meningitis Snodgrass.

Tracy parut ne prendre aucun intérêt à ce discours. La jeune fille, indignée de son indifférence et de sa froideur, s’écria furieuse :

— De quelle pâte êtes-vous donc pétri ?