Washington ébahi promit toute sa discrétion.
— Vous avez entendu parler de l’extériorisation dos esprits défunts ?
— Oui.
— Sans doute vous n’y croyez pas (au fond vous avez raison). Telle qu’elle est pratiquée par des charlatans ignorants, l’extériorisation est une chose idiote ; faites une demi-obscurité dans une pièce, réunissez quelques personnes impressionnables, prêtes à tout croire, à tout voir ; avec tant soit peu d’adresse et de charlatanisme, vous extériorisez facilement la personne de votre choix ; une grand’mère, un petit-fils, un beau-frère, la sorcière d’Endor, Pierre le Grand, n’importe qui ; tout cela est stupide et grotesque ; mais lorsqu’un savant s’appuie sur de puissantes découvertes scientifiques, le fait devient tout différent ; le spectre qu’il évoque vient à son appel, non pour disparaître, mais pour rester définitivement. Comprenez-vous l’importance de ce détail, sa valeur commerciale, si je puis m’exprimer ainsi ?
— Mon Dieu ? je… je ne saisis pas bien. Est-ce, selon vous, parce que cette évocation durable et non fugitive peut donner plus d’intérêt aux séances et attirer un plus grand nombre de spectateurs ?
— Appeler cela des séances, quelle folie ! Écoutez bien, et prêtez-moi une attention soutenue ; il le faut absolument. Dans trois jours, j’aurai fini mon étude, et le monde incrédule sera muet d’étonnement devant mes découvertes merveilleuses. Dans trois jours, dans dix jours au plus, vous me verrez évoquer les morts de tous les siècles passés ; à ma voix, tous se lèveront et marcheront ; bien plus, ils ne mourront plus, car ils auront retrouvé une vigueur immortelle.
— Colonel ! je suis médusé !
— Eh bien ! maintenant, avez-vous compris comment je tiens la fortune ?
— Mon Dieu !… je ne vois pas bien !
— Sapristi ! vous êtes bouché ! J’aurai, bien entendu, un monopole : je centraliserai tout ce qui touche à ma découverte. Or, il existe deux mille agents de police à New-York, coût : quatre dollars par tête et par jour. Je les remplace par mes morts, à moitié prix.