— C’est prodigieux ! je n’y aurais jamais pensé ! Quatre mille dollars par jour ! Ah ! je commence à comprendre ! Mais les morts vous rendront-ils les mêmes services que des agents de police vivants ?
— Ne vous préoccupez pas de ce détail.
— Oh ! si vous appelez cela un détail !…
— Arrangez, combinez la chose comme vous voudrez ; mes personnages seront bien supérieurs à ce que vous imaginerez. Ils ne boiront ni ne mangeront, ceci est un avantage énorme. Ils ne seront ni joueurs, ni coureurs. Vous ne les verrez donc jamais faire la cour aux petites bonnes de quartier ; de plus, les bandes d’Apaches qui les guettent la nuit pour leur faire un mauvais parti en seront pour leur peine ; leurs balles et leurs couteaux se perdront dans des uniformes sans corps. Ils seront bien attrapés.
— Mais, colonel, si vous pouvez fournir de tels agents de police, alors…
— Certainement, je fournirai tout ce qu’on voudra. Prenez l’armée par exemple ; c’est-à-dire vingt-cinq mille hommes. Coût : vingt-deux millions par an. Je ressusciterai les Grecs et les Romains, et pour dix millions je fournirai au pays dix mille vétérans de l’antiquité, des soldats qui chasseront les Indiens sans repos ni trêve, montés sur des chevaux extériorisés eux-mêmes, et dont la nourriture ne coûtera rien.
Les armées européennes coûtent deux milliards annuellement, pour un milliard je les renouvellerai toutes. Je sortirai de terre les vieux hommes d’État de tous les âges et de tous les pays, je doterai le mien d’un Congrès éclairé, chose inconnue depuis la proclamation de l’Indépendance et qui ne pourrait se trouver parmi les vivants. Je sortirai des tombeaux royaux les cerveaux les mieux équilibrés pour les replacer sur les trônes d’Europe ; puis je partagerai équitablement les listes civiles et les appointements des fonctionnaires en m’en réservant la moitié.
— Colonel, si la moitié de vos projets se réalise, il y a des millions à gagner…
— Vous voulez dire des milliards ; mon Dieu ! la chose me paraît sûre et si infaillible que si un homme tant soit peu gêné venait me dire : Mon colonel, je suis un peu à court en ce moment ne pourriez-vous me prêter un million ?… Entrez !
On frappait à la porte. Un homme à l’aspect dur entra avec un gros portefeuille sous le bras ; il en sortit un papier qu’il présenta au colonel en lui disant sèchement :