— Aussi sûr que je vous vois, je le ferai.
— Laissez-moi vous serrer la main. Mon cœur défaillait, vous m’avez rendu la vie.
— Il ne me faudra pas longtemps, Hawkins ; mais rien ne presse, nous prendrons notre temps. Naturellement, certains devoirs de famille vont m’être imposés ; je ne pourrai m’y soustraire. Ce pauvre jeune homme…
— C’est vrai, vous ne m’en voulez pas, n’est-ce pas, de m’être montré si égoïste au moment où ce deuil cruel vous frappait. Bien entendu, il faut tout d’abord songer à extérioriser votre cousin ? c’est tout naturel.
— Oh ! mon Dieu ! je dois dire que je n’y avais pas songé. Évidemment il faudra que je l’extériorise ; mais, Hawkins, voyez comme l’égoïsme constitue le fond du cœur humain ! Je m’étais tout d’abord réjoui de me sentir débarrassé de ce cousin usurpateur… Vous me pardonnerez cette faiblesse, n’est-ce pas ? et vous l’oublierez ; vous oublierez que Mulberry Sellers a été assez lâche pour s’arrêter à une pensée qu’il n’aurait pas dû avoir. Oui, sur l’honneur, je l’extérioriserai, dût-il m’en coûter tous les ennuis possibles, dût-il surgir des milliers de prétendants rangés en ligne pour barrer la route au véritable duc de Rossmore !
— Je reconnais le vrai Sellers à ces nobles paroles… les autres sonnaient faux, mon cher ami.
— Hawkins, mon garçon, je pense à une chose, une chose importante qu’il ne faut pas oublier.
— Quoi donc ?
— Il faut garder le silence le plus absolu sur ces extériorisations. Pas un mot ne doit nous échapper à ce sujet. Sans parler de ma femme et de ma fille dont la sensibilité maladive pourrait s’émouvoir, mes nègres en perdraient la tête et décamperaient immédiatement de chez moi.
— Comme vous avez raison ! Vous avez bien fait de me le dire, car je ne sais pas tenir ma langue quand on ne me le recommande pas.