Elle s’approcha pour mieux voir, et levant les bras au ciel :
— Ma parole, vous êtes fou !
— Moi ! mais, madame Folly, je viens seulement de m’en apercevoir. Ce n’est pas moi qui ai posé là ces cendres ; c’est Dan’l, pour sûr. Ce pauvre Dan’l perd la tête !
Mais Dan’l n’était pas le coupable, et il nia énergiquement.
— Alors personne ne les a posées là ? Vous avouerez que c’est un phénomène bizarre, à moins que ce ne soit le chat…
— Oh ! soupira Lady Rossmore avec un tremblement nerveux qui secoua tout son corps. Je comprends maintenant ; allez-vous-en tous de là ; ce sont les restes de…
— Quoi, madame ?
— Oui ; les restes du jeune Sellers d’Angleterre qui a péri dans l’incendie.
Les nègres sortirent et elle resta face à face avec les cendres, profondément émue. Elle appela Mulberry Sellers, décidée à empêcher l’excentricité nouvelle qu’elle prévoyait. Elle le vit descendre un drapeau à la main ; lorsqu’elle apprit son intention d’envelopper la dépouille mortelle de son cousin et d’inviter le gouvernement à venir honorer ces restes vénérables, elle s’y opposa de toutes ses forces.
— Vous avez toujours de bonnes intentions, dit-elle ; vous voulez rendre hommage à un parent, personne certes ne pourra vous en blâmer, car le même sang coule dans vos veines ; mais si vous réfléchissez, vous trouverez comme moi que vous vous y prenez mal. Vous n’allez pas vous planter devant un panier de cendres, la mine déconfite et faire défiler tout le monde devant vous. Une cérémonie pareille serait grotesque. Voyez-vous d’ici cinq mille personnes se pressant en foule devant trois paniers de cendres ? Que de gorges chaudes on ferait ! Non, mon ami, vous ne pouvez pas exposer ces cendres, ce serait une gaffe. Renoncez-y et cherchez autre chose.