Le jeune Anglais s’inclina avec raideur selon l’usage de son pays et se sentit fort embarrassé de cette présentation à une jeune camériste d’un hôtel pour ouvriers. Il devait ce trouble à son éducation aristocratique et à ses habitudes d’Anglais raffiné, bien qu’au fond, en ce moment, il admît le principe de l’égalité de tous les hommes. La jeune fille, sans faire attention à son salut froid et gêné, tendit la main à l’étranger.

Puis elle alla vers la toilette, et devant un miroir ébréché, elle arrangea quelques mèches follettes, et se mit à faire son service.

— Je m’en vais, dit la patronne, il est bientôt l’heure de souper. Préparez-vous, monsieur Tracy ; vous entendrez bientôt la cloche.

Et Mrs Marsh sortit avec dignité, se préoccupant fort peu de laisser les jeunes gens en tête-à-tête. Tracy s’étonna de cette indifférence de la part d’une femme d’apparence si honnête et si respectable, et prit son chapeau, décidé à céder la place à la jeune personne ; mais elle l’interpella :

— Où allez-vous ?

— Mais, je ne sais pas ; je craignais de vous gêner ici…

— Et pourquoi ? Restez là ; je vous préviendrai lorsqu’il le faudra.

Elle faisait les lits, avec une agilité qu’admirait Tracy.

— Quelle idée vous avez ! lui dit-elle. Croyez-vous donc qu’il me faille tant de place pour faire deux lits ?

— Mon Dieu ! non pas précisément ; mais nous sommes seuls au troisième étage, et votre mère est partie…