Il entra dans un bureau du télégraphe et alla au premier guichet, réservé, prétendait Barrow, aux gens que l’on croit être des inférieurs ; on vous y traite, disait-il, avec un profond mépris jusqu’à ce qu’on découvre que vous êtes des gens de marque ; alors on devient pour vous d’une politesse outrée. Il y avait à ce guichet un jeune homme de dix-sept ans, occupé à lacer ses chaussures, le pied sur une chaise et le dos tourné au public. Sans bouger, il regarda par-dessus son épaule, toisa Tracy et continua son opération.
Tracy acheva d’écrire son télégramme et attendit, mais en vain ; le jeune homme ne se décidait pas à regagner sa place.
Impatienté, Tracy lui demanda :
— Voulez-vous prendre mon télégramme ?
L’autre regarda de nouveau de côté en ayant l’air de dire :
— Ne pouvez-vous donc pas attendre ?
Enfin son soulier lacé, il arriva, lut la dépêche et regarda Tracy très étonné, avec une expression de respect que Tracy ne rencontrait plus depuis longtemps ; aussi se demanda-t-il, si ce jeune bureaucrate lui témoignait une réelle déférence.
Le télégraphiste lut l’adresse à haute voix, avec une expression de satisfaction sur son visage.
— Duc de Rossmore ! Mâtin ! Vous le connaissez ?
— Oui.