Le télégramme était parti ! Cette idée seule le combla de joie ; il marchait allègrement, le cœur content. Il mit de côté tout respect humain et s’avoua à lui-même qu’il éprouvait une grande satisfaction à renoncer à son expérience et à retourner chez lui. L’attente de la réponse de son père le rendait très nerveux. Il se promena une heure, en faisant les cent pas pour tuer le temps, sans s’intéresser à ce qu’il voyait autour de lui, puis il retourna au télégraphe, demander si la réponse était arrivée.

— Oh ! non, lui répondit l’employé en regardant la pendule, « et je ne crois pas que vous la receviez aujourd’hui ».

— Pourquoi pas ?

— Mais… parce qu’il est déjà tard. On ne sait pas toujours où trouver les gens à l’autre bout du câble, et vous voyez d’après l’heure d’ici l’heure qu’il est là-bas.

— Oui, c’est vrai, dit Tracy, je n’y avais pas pensé.

— Six heures ici ; il doit être dix heures et demie ou onze heures là-bas. Oh ! sûrement vous n’aurez pas la réponse ce soir.

CHAPITRE XIV

Tracy rentra dîner. Les odeurs de la salle à manger lui parurent plus désagréables et nauséabondes que jamais, et l’idée qu’il n’en souffrirait plus longtemps le remplit de joie. A la fin du repas, il ne savait plus s’il avait mangé ou non ; dans tous les cas, il n’avait rien entendu des conversations, tant il était absorbé dans ses pensées. Son cœur battait vite, et son esprit le transportait bien loin, dans la somptueuse habitation de son père qui ne lui inspirait plus aucun mouvement de révolte ; le laquais habillé de velours, cet indice vivant de l’inégalité des castes, n’excitait plus son indignation.

— Venez avec moi, lui dit Barrow après le dîner. Je vous invite à une soirée charmante.

— Parfait ; et où allez-vous ?