—Voyons, vous n’allez pas faire des embarras pour cette mesquine histoire?

—Je ne la considère pas comme mesquine. On devrait toujours dénoncer de pareils faits; c’est un devoir public et aucun citoyen n’a le droit de s’y soustraire, mais je n’aurai pas besoin de rapporter cet incident.

—Pourquoi?

—Ce sera inutile, la diplomatie arrangera tout, vous verrez.

A ce moment le conducteur repassa et quand il vint près du major il se pencha vers lui, en disant:

—Vous n’aurez pas besoin de le dénoncer; je le considère comme répréhensible, et s’il recommence je le réprimanderai sévèrement.

Le major répondit cordialement.

—Eh bien! c’est tout ce que je voulais. Vous ne supposerez pas que j’aie été animé d’un sentiment de vengeance; j’ai agi uniquement par devoir. Mon beau-frère est un des directeurs de la ligne; lorsqu’il saura que vous êtes décidé à réprimander votre préposé au frein la prochaine fois qu’il insultera brutalement un vieillard inoffensif, il en sera très satisfait, croyez-moi bien.

Le conducteur ne parut pas aussi joyeux qu’on aurait pu le supposer; l’air soucieux et mal à l’aise il se retira de quelques pas et dit:

—Je pense plutôt qu’il faudrait dès maintenant agir, je vais renvoyer ce préposé au frein.