—Voilà tout?
—Oui, c’est tout.
Le conducteur sourit et ajouta:
—Si vous tenez absolument à le dénoncer, libre à vous, mais je ne vois pas bien ce qui en résultera. Vous direz sans doute que le préposé au frein a insulté ce voyageur? On vous demandera ce qu’il a dit. Vous répondrez qu’il n’a rien dit; on vous demandera alors, j’en suis sûr, où vous voyez une insulte lorsque vous reconnaissez vous-même qu’aucune parole n’a été prononcés.
Un bruit d’applaudissements salua le raisonnement serré du conducteur qui en éprouva un certain plaisir. Sans se troubler le major reprit:
—Vous venez précisément de toucher du doigt un défaut criant du système des réclamations. Les employés du chemin de fer, comme d’ailleurs le public et vous-même semblez le croire, n’ont pas l’air de savoir qu’il existe d’autres insultes que celles proférées; ainsi, personne ne va à votre direction se plaindre des insultes de manières, de gestes, de regards, etc., et pourtant parfois ces insultes sont plus graves que celles constituées par des paroles. Il me semble que votre administration devrait prier avec instance le public de lui dénoncer les affronts et les impolitesses non exprimés.
Le conducteur se mit rire et dit:
—Tout cela n’arrangerait guère les choses.
—C’est possible. Je rapporterai le fait à Newhaven, et je suis persuadé qu’on m’en saura gré.
Le visage du conducteur se rembrunit. Je dis à mon compagnon: