Nous partîmes pour Boston le jour suivant. Comme le salon-fumoir était plein de voyageurs, mon compagnon se rendit dans le compartiment réservé aux fumeurs. Un vieil homme, à l’air humble, d’une pâleur maladive et qui ressemblait à un fermier, était assis en face de nous; il maintenait la porte ouverte avec son pied pour avoir plus d’air. Au même instant l’homme préposé au frein, un individu gros et fort, entra brusquement dans le wagon; lorsqu’il arriva devant la porte ouverte il s’arrêta, lança des yeux furieux au vieux fermier et claqua la porte avec une telle violence qu’il faillit arracher le soulier du vieux bonhomme, puis il retourna à ses affaires. Plusieurs voyageurs se mirent à rire, mais le vieux fermier paraissait honteux et déconfit. Peu après le conducteur vint à passer. Le major l’arrêta et lui demanda avec sa courtoisie habituelle:

—Conducteur, à qui doit-on se plaindre des mauvais procédés d’un préposé au frein, est-ce à vous?

—Vous pouvez vous plaindre à Newhaven, si vous le désirez; qu’a-t-il donc fait?

Le major lui raconta l’histoire. Le conducteur parut s’en amuser et lui répondit avec une pointe d’ironie:

—D’après ce que je vois, l’homme du frein n’a pas prononcé une parole.

—Non, il n’a rien dit.

—Mais d’après vous il a menacé le voyageur?

—Oui.

—Et il a claqué grossièrement la porte?

—Parfaitement.