Juste à ce moment j’entendis un pas saccadé contre la porte; j’ouvris et ma tante Mary se précipita dans la chambre; très animée et de bonne humeur, elle me bombarda de questions sur toute ma famille. Incidemment elle me dit:

—La dernière fois que je vous vis, vous m’aviez promis de subvenir à l’entretien de la famille pauvre qui habite au coin de la rue, et de continuer la bonne œuvre commencée par moi. J’ai appris, par hasard, que vous n’aviez pas tenu votre promesse.

Trouvez-vous cela bien?

A vrai dire je ne m’étais pas occupé du tout de cette famille, et maintenant j’éprouvais un violent serrement de cœur.

Je levai les yeux sur ma conscience: évidemment l’angoisse de mon cœur affectait ma conscience; penchée en avant, cette dernière semblait prête à tomber de la bibliothèque. Ma tante poursuivit:

—Je trouve que vous avez terriblement négligé ma pauvre protégée, vilain cœur dur qui ne tenez pas vos promesses!

Je devins écarlate et restai muet. A mesure que le sentiment de ma culpabilité s’accentuait, ma conscience se mit à s’agiter fortement. Après une légère pause, ma tante reprit sur un ton de reproche:

—Vous apprendrez sans doute avec peu d’émotion (puisque vous n’avez pas daigné visiter ma protégée) que l’infortunée est morte, voilà plusieurs mois, complètement délaissée.

A ce moment ma conscience ne put supporter plus longtemps le poids de mes souffrances, elle piqua une tête en avant et tomba de son haut perchoir sur le plancher avec un bruit sourd. En proie à une vive douleur et tremblante de crainte, elle se débattait sur le sol, essayant en vain de se relever. Je bondis vers la porte, la fermai à clé et m’adossant contre elle, je me penchai avec anxiété sur mon tyran qui se débattait. Une minute de plus et mes doigts énervés allaient entreprendre leur œuvre meurtrière.

—Oh! Qu’avez-vous donc? s’écria ma tante en reculant devant moi et en jetant sur moi des yeux anxieux.