—J’aurais dû m’en douter; mais du moins vous pouvez me faire leur description. Parlez-moi donc de la conscience de mon voisin Thompson.
—Soit, je la connais intimement depuis de longues années alors qu’elle avait onze pieds de haut et une silhouette irréprochable. Maintenant elle est devenue vulgaire, très malheureuse et ne s’intéresse plus à rien; comme taille elle peut tenir dans une boîte à cigares.
—Mais dans cette région il y a certainement peu d’individus plus bas et plus médiocres que Hugh Thompson. Connaissez-vous la conscience de Robinson?
—Oui; elle a environ 4 pieds et demi de haut; elle était blonde autrefois, maintenant elle est brune, mais elle a gardé un extérieur agréable.
—Somme toute, Robinson est un bon garçon. Connaissez-vous la conscience de Tom Smith?
—Je la connais depuis son enfance; à l’âge de deux ans elle avait 13 pouces de haut et se montrait paresseuse (c’est un peu l’habitude à cet âge). Maintenant sa taille atteint 37 pieds. Sa conscience est une des plus belles physionomies d’Amérique. Très travailleuse et très active, elle est un des membres les plus entreprenants du Club de la Conscience dans le New-England. Nuit et jour vous pouvez la voir rivée à la personne de Smith, travaillant d’arrache-pied, les manches retroussées, avec une physionomie gaie. Elle a maintenant merveilleusement subjugué sa victime: Smith s’imagine que la moindre de ses actions est un crime odieux; sa conscience le harcèle et torture son âme.
—Smith est l’homme le plus estimable de ce quartier et pourtant il se ronge le cœur, persuadé qu’il agit toujours mal. Il n’y a vraiment qu’une conscience pour prendre plaisir à martyriser un brave cœur comme lui! Connaissez-vous la conscience de ma tante Marie?
—Je l’ai vue de loin, mais je ne la connais pas. Elle vit continuellement en plein air parce qu’aucune porte n’est assez large pour lui donner passage.
—Cela ne m’étonne pas. Voyons, connaissez-vous la conscience de cet éditeur qui, jadis, me vola certains de mes dessins pour les publier dans une revue et qui m’obligea à payer une somme assez rondelette pour me faire rendre justice?
—Oui, je la connais. Elle est assez célèbre. Le mois dernier elle figurait à une exposition organisée au profit d’un nouveau membre du club qui mourait de faim en exil. Le prix d’entrée de cette exposition et le voyage en chemin de fer étaient assez élevés; mais j’ai réussi à voyager pour rien en me faisant passer pour la conscience d’un journaliste, et à entrer à demi-place en me donnant pour la conscience d’un clergyman. Pourtant, la conscience de l’éditeur qui devait constituer le «clou» de cette exposition fut un insuccès complet. Elle était là, mais dans quel état! Le comité s’était procuré un microscope capable d’agrandir trente mille fois; malgré cela, au grand mécontentement général, personne ne parvint à la voir et....