Il courut à sa chambre à coucher et revint un instant après complètement métamorphosé et très élégamment vêtu.

—Que les femmes sont donc inconséquentes! Un peu plus ma tante allait me présenter à cette divine personne dans ma robe de chambre bleu de ciel garnie de revers rouges.

Il se dirigea vers son bureau et dit à sa tante, en esquissant un sourire de bonne humeur et en accompagnant ses paroles de mouvements de tête significatifs:

—Maintenant je suis prêt, ma chère tante.

—Parfait; miss Rosannah Ethelton, permettez-moi de vous présenter mon cher neveu, M. Alonzo Fitz Clarence. Maintenant, mes amis, que je vous ai présentés l’un à l’autre, je vous laisse pour vaquer à mes occupations. Asseyez-vous, Rosannah; faites-en autant, Alonzo; au revoir, à tout à l’heure, je reviendrai bientôt.

Alonzo prit un siège et pensa en lui-même: «Le vent peut souffler, la tourmente de neige peut faire fureur au dehors; peu m’importe maintenant, je me sens parfaitement heureux.»

Tandis que nos deux jeunes personnages causent entre eux et font connaissance à distance, parlons un peu de cette jeune fille, et essayons de la présenter au lecteur.

Assise avec un charmant abandon dans une pièce élégamment meublée qui était, à n’en pas douter, le boudoir d’une femme raffinée et sentimentale, elle avait à côté d’elle un métier terminé à son sommet par un joli panier garni d’une bordure multicolore et dont émergeaient des rubans, des morceaux d’étoffe de toute espèce.

Sur un rouge tapis de Turquie, on voyait répandus en profusion des bouts de soie, des rubans, une bobine ou deux et une paire de ciseaux. Sur un divan recouvert d’une sorte d’étoffe indienne chamarrée de fils noirs, dorés, entrelacés, un grand carré d’étoffe blanche, plutôt commune, décorée en son milieu d’un bouquet de fleurs brodées, servait de coussin au chat de la maison qui dormait en ce moment d’un profond sommeil.

Devant la fenêtre se dressait un chevalet avec une ébauche de tableau; à côté une palette et des brosses étaient étalées en désordre sur une chaise. On apercevait des livres dans tous les coins, livres de cuisine, manuels de prières, catalogues. Un peu plus loin se trouvait un piano couvert de morceaux de musique; de nombreux tableaux ornaient les murs et le marbre de la cheminée; dans les encoignures et sur tous les meubles qui le permettaient on trouvait une profusion de bibelots rares offrant la plus complète collection de spécimens chinois. Une large fenêtre donnait sur un jardin qu’égayaient les fleurs et les arbustes les plus variés. Mais la jeune fille dont nous nous occupons représentait à elle seule le tableau le plus exquis qui puisse être dépeint: elle avait un profil grec délicieusement ciselé, un teint d’un blanc laiteux, de grands yeux bleus bordés de longs cils retroussés, une expression confiante qui tenait le milieu entre la candeur de l’enfant et l’innocence d’un jeune faon; une chevelure opulente d’un blond doré couronnait sa tête élégante; chaque mouvement et chaque attitude chez elle étaient empreints d’une grâce naturelle. Sa toilette tout entière et ses bijoux dénotaient l’harmonie exquise qui résulte d’un goût naturel et perfectionné encore par l’éducation.